Déguignet parle de la langue bretonne

 

Amañ e kavfoc’h ar pennadoù lec’h e komz Degignet eus ar brezhoneg. Komzoù kriz alies a zo da vezañ komprenet gant an en-dro kevredigezhel a oa d’ar mare-se. Dibaoe n’eo ket mui liammet ar brezhoneg ouzh an iliz, n’eo ket mui liammet kennebeut ouzh ar bed kozh gant an niver a skrivagnerien modern hag ar yezhourien o deus lakaet anezhi da vezañ penn da benn yezh ar c’hantved war ‘n ugent.

Voici l’essentiel des textes ou Déguignet parle de la langue bretonne. Nous les avons réunis avec un corpus de textes de chercheurs, de journalistes, de polémistes. Ces textes sont à remettre dans le contexte de l’époque. Depuis le breton n’est plus lié à la religion, depuis les travaux des linguistes et la longue lignée d’écrivains modernes ont tordus le coup aux idées passéistes sur la langue.

Le premier livre de breton

... Comme je savais lire le breton, le curé me fit cadeau d’un petit livre de messe qui me fit bien plaisir. En effet jusque là, je n’avais lu que dans le petit alphabet de deux sous de mon institutrice, et dans le livre de catéchisme où il n’y avait que du breton. Dans ce petit livre de messe, il y avait du breton traduit presque mot à mot du latin en regard. Je pensais tout de suite que j’allais pouvoir apprendre le latin puisque j’avais une si grande facilité d’apprendre toute chose. Je ne fus pas long à apprendre tout le latin qu’il y avait dans le livre, sans règle assurément, mais le breton non plus !

Il n’y a aucune règle pour le parler ni pour l’écrire ; chaque canton et même chaque commune le parle différemment sans que personne puisse dire qui le parle le plus correctement. Les rares écrivains qui l’écrivent en font de même, chacun l’écrit et l’orthographie à sa façon.J’ai entendu cependant des gens savant soutenir que le breton est une mère langue, ce serait alors une drole de mère puisqu’elle n’a enfanté ni fille ni garçon.

Vie courte, cahier 3, pp. 3-4.

 

Le Français des soldats de Napoleon

...En allant à l’hospice, j’avais deux idées en tête : d’abord l’idée qu’on me guérirait cette horrible et ennuyeuse blessure, puis l’idée que je pourrai apprendre un peu de français. Mais pour ceci, je fus déçu du premier coup, car il n’y avait là que des bretons, des paysans comme moi, des pêcheurs de la côte et des ouvriers. Ces derniers savaient bien un peu le français, mais il ne le parlait presque jamais. En revanche, on pouvait apprendre des contes et des légendes bretonnes, on n’entendait que celà...

J’ai dit qu’on ne parlait guère que du breton dans cette hospice. Mais quand ces vieux (soldats de Napoléon) commençaient à se disputer alors ils se disputaient en français, se rappelant sans doute le dictionnaire du troupier du temps passé, qui était encore plus corsé que celui de Ramolot. J’écoutais ces disputes en français cherchant à retenir quelques mots.

La dispute commençait toujours par quelques mots bretons, ils se disaient les uns les uns aux autres qu’ils n’avaient jamais pêté à Moscou, qu’ils ne savaient même pas où celà se trouvait. «Non »-répondait un autre-  «c’est toi qui a été pour moi peut être ». Puis après venait le défilé en Français de ce beau dictionnaire soldatesque que j’ai eu le bonheur d’écouter plus tard pendant quatorze ans, composé de mots qui ne figurent pas dans nos grands dictionnaires français, ou s’ils y sont on ne leur a pas donné toutes les significations qu’ils ont chez le populo.

Vie courte cahier 3 pp.16-17-20-21.

 

Apprendre le français

Le dimanche j’étais libre toute la journée. J’en profitai pour étudier car j’avais acheté un petit colloque français-breton, avec lequel j’allais me cacher tous les dimanches dans l’étable s’il faisait froid ou dans un coin de champ s’il faisait beau, car je ne voulais pas qu’on sache que j’étudiais. Le maire recevait un journal qu’il laissait trainer partout, lorsqu’il l’avait lu. Je le ramassais et j’essayais à l’aide de mon colloco-vocabulaire français-breton d’y comprendre quelque chose ; Malheureusement, ça n’allait pas tout seul...souvent je netrouvais pas le mot que je cherchais, car le breton est si vieux et si pauvre qu’il ne renferme pas la moitié des mots qui se trouvent aujourd’hui dans toutes les langues modernes...

J’étais maintenant assez familier avec l’oncle (le patron), je lui dis que ce n’était pas la première fois que j’avais ramassé son journal pour le lire et que je savais bien lire depuis longtemps le breton et le latin et que à Kermahonnec grâce aux petits papiers semés par les écoliers, j’avais même appris un peu à écrire. « Matin - dit il-peut être es tu plus savant que moi, qui ais passé 15 ans à l’école, voyons lis moi un peu ton journal. »

Je ne me fis pas prier deux fois, je me mis à lire assez couremment ce journal que j’avais du reste lu et relu dix fois.Mais je faisais rire l’oncle et quelquefois aussi la nièce qui savait assez le français, pour savoir que je prononçais mal les mots, parce que je lisais le français comme je lisais le breton et le latin en prononçant toutes les lettres, de sorte qu’au lieu de prononcer hommes, je lisais hommès, ministres, ministrès et au lieu de dire on parle, je lisais on parlé, qu’ils marchent, je lisais qu’ils marchant etc.Mais quand j’eus fini de lire l’article et que mes deux auditeurs eurent fini de rire, le maire me fit comprendre bien vite en quoi je me trompais. Il me dit qu’en français l’e ne se prononçait jamais quand il n’y avait pas de point dessus, ni les consonnes finales. « Mais alors - je dis au maire- les français sont encore plus bêtes que les bretons, pourquoi mettre tant de lettres qui ne servent à rien ?

Vie courte Cahier 5. pp.7-10-11.

 

Premier voyage hors du canton

Bilinguisme à Quimperlé

... J’arrivai de très bonne heure à Quimperlé. Là, j’allais à la mairie demander un billet de logement. L’homme à qui je m’étais adressé me regardait des pieds à la tête et me dis : « Comment vous êtes soldat vous, c’est pas possible, vous n’avez ni l’âge ni la taille. » Il m’avait dit çà en français mais je comprenais bien ce qu’il avait dit. Je répondis en breton, en lui disant de regarder ma feuille sur laquelle était tout mon signalement ...

Histoire de ma vie p.527-528

Le billet qu’on m’avait donné était à l’adresse d’un cabaretier logeur, car je savais assez lire pour comprendre tout ce qu’il y avait sur ce billet. En entrant dans ce cabaret je dis en breton : vous avez l’habitude d’avoir des clients payant, je vous envoie un ici qui ne payera pas, du moins son lit.

Histoire de ma vie p.529

 

Au 37e régiment d'infanterie de Lorient

Bretoned er c’hazarn en Oriant (Apprentissage des langues à la caserne de Lorient)

...ici je fus encore aidé par mon camarade de lit, un pauvre breton aussi qui ne savait pas plus de français que moi il y avait six mois.

...pendant ce trajet ce planton ne cessait de me parler et je ne comprenais pas un seul mot de ce qu’il me disait. Je pensais alors : le français n’est donc pas partout le même, car là bas à Quimper je comprenais beaucoup de mots tandis qu’ici je ne comprends pas un seul. A la fin je compris ce que voulait mon conducteur quand il me dit : « noun pagas pao l’agouteur » et de peur que je ne comprenne pas encore il fit le geste significatif avec sa main droite et le coude. Alors je le fis entrer dans un débit et dis à la patronne en breton de servir une bonne goutte à mon guide.

...Robic m’avait dit que ces instructeurs étaient ordinairement méchants et brutaux vis à vis des jeunes recrues, surtout des bretons qui ne comprenaient pas les commendements ni les observations...

Je n’étais pas allé au régiment exclusivement pour être soldat ; j’y étais allé surtout pour m’instruire puisque je n’en avais pas d’autres ressources. Malheureusement je m’aperçus bien vite que j’étais fort mal tombé pour apprendre la littérature et les sciences dans ce milieu où presque personne ne savait lire ni même parler un mot de français comme il faut. Je n’entendais de tous côtés que des mots grossiers ou des bretons jargonnant entre eux quoiqu’ils ne se comprenaient pas, car le breton du Finistère et celui du Morbihan diffèrent autant que l’Espagnol et l’italien, des Allemands , des Gascons, des Auvergnats des Parisiens qui ne parlaient que l’argot des faubourgs. Et avec tout çà on ne voyait pas un seul livre dans la caserne si ce n’étaient les théories dont chaque sergent et chaque caporal avait la sienne.

Histoire de ma vie pp.539-540

 

Le Prestige du français

A Ergue-Armel.
Je vis trois individus fumant et causant autour d’un grand broc plein de cidre.Un de ces individus, le plus jeune et qui était le seul domestique de la veuve me reconnut.: c’était un ancien collègue en mendicité. Il avait fait un congé dans l’artillerie pendant lequel il avait appris une vingtaine de mots de français et encore quel français ! Un des deux autres avait aussi servi sous Louis Philippe et sous la république de 1848 et sans préambule, sous l’influence du bon cidre il se mit à me rabacher dans un français impossible ses campagnes.

Histoire de ma vie p.1128

 

A Pluguffan.
L’agent maire même était venu chercher du tabac chez nous, lui l’ami intime du presbytère, premier chantre à l’église et trésorier de la fabrique. Celui là voulut d’abord nous influencer par tout ses titres et aussi par son français qu’il connaissait disait il comme... mais la dame a laquelle il s’adressait particulièrement lui fit voir bientôt et très poliment qu’elle aussi savait le français. Il voulut se vanter ensuite de savoir le latin ayant (été) élève curé. Mais là encore il fut vite roulé par le pauvre paysan qui n’a jamais été à aucune école. il dit alors : « oh fichtre, on est rudement fort dans ce bureau de tabac, diable , je n’aurais pas cru celà » . Alors il se mit à parler breton, idiome qu’il connait mieux que le français et le latin.

Buhez Hir. p. 1395

 

A Ergué-Gabéric.
Le maire avec son écharpe sur ses effets de tous les jours essaya de prononcer quelques mots qu’il traduisait comme il pouvait des articles 212 213 et 214 du code civil sans que personne comprit un seul mot de ce qu’il avait dit.

Histoire de ma vie p.1194

 

A Trégunc.
Nous étions parmi les grands de la commune : il y avait là des conseillers municipaux qui aussitôt entrèrent en conversation avec moi en français, fier de me faire voir que les paysans de ce pays éloigné connaissaient quand même la langue française. Alors nous fûmes divisés en deux groupes, mon commis qui ne savait pas un mot de français blaguait avec les bretons non gallégants...tandis que moi je causais sérieusement avec tous ceux qui parlaient plus ou moins le français.
 
Buhez Hir p.1349

 

Les fantaisies de l'état-civil

Quand je me suis procuré tous les extraits qu’on m’avait demandé il se trouvait que j’avais trois noms différents. Mon nom militaire qui était celui que le maire de Guengat m’avait délivré quand je partis pour le service était Deguines, celui qu’on venait de me donner au greffe était Deguignet, et mon père dans l’acte de mariage s’appelait Le Déguignet. Et le secrétaire de Mairie me dit qu’il était impossible de me marier avec tous ces noms là aussi différents l’un de l’autre..
 
Histoire de ma vie. p. 1173
 
 
A Ergue-Armel.
Nous partimes avec monsieur Pierre, le tonton Rospart, mon tonton gendarme, le fils péron et moi, c’est à dire tous ceux qui savaient quelque peu le français, car les seigneurs chatelains ne savaient pas un mot de breton....

Un autre personnage entrait dans le verger, un monsieur celui ci, à l’air grave et sérieux, devant lequel les trois buveurs s’inclinèrent, le vieux soldat de Philippe lui offrit du cidre tout en commandant aux autres d’aller au travail, car c’était lui qui dirigeait les travaux ... resté seul avec le monsieur qui parlait assez bien le français celui ci me déclara de suite qu’il était l’homme de confiance de Monsieur Malherbe de la Boixière, propriétaire de Toulven dont le château était à deux pas de là et dont on voyait la tourelle.

Histoire de ma vie p. 1129

 

Considération politique sur le breton

Langue des exploités

...Mais ces régionalistes, dont le jésuite et voleur Le Braz est le président, travaillent quand même a parquer les exploités, en s’efforçant, en recommandant à leurs sous ordres, petits curés et petits maitres d’école de maintenir parmi les enfants, petits et grands la langue et les vieilles moeurs bretonnes. Car ces coquins savent bien que tant qu’on tiendra les bretons dans ces moeurs sauvages et tant qu’ils ne pourront lire que des livres bretons, qui ne sont tous que des livres religieux, ceux ci resteront dans l’abrutissement, dans l’avachissement et dans l’imbécilité, c’est à dire dans les meilleures conditions possibles pour être exploités sur toutes les coutures.

Histoire de ma vie P. 1665.

Langue morte

...La langue bretonne est morte depuis longtemps ; depuis que sont disparus les grands prédicateurs, les bardes, les cloarecs, les mendiants professionnels, les stoupers, les chanteurs des veillées des morts, les chanteurs ambulants et paotred an houarn kos, tous grands conteurs et grands orateurs, et qui parlaient une langue pleine de poésie dans un harmonieux et pathétique à rendre jaloux un Démosthène.Mais cette langue poétique dans laquelle Homère aurait pu écrire l’Odyssée et l’Iliade, est morte de vieillesse chronique depuis cinquante ans.

Histoire de ma vie p. 2374.

Les bretons ne se comprennent plus
(Au sujet d'un article du Courrier du Finistère écrit par Corentin Le Nours)
... Pour enterrer la langue bretonne, ils ne pouvaient pas mieux choisir.après avoir empoisonné, enterré tout ce qu’il prétendait défendre, il se pose encore aujourd’hui comme défenseur de la langue bretonne, lui qui n’est pas capable d’écrire un seul mot de breton tel qu’on le parle. dans un de ses derniers articles, il dit aux maires : « difiziom eta maeriou ! Comb ha Colignon ne gredent ket e vijac’h en em zavet ken niverus a-enep ho gourc’hemen ha nec’het ez int bet o welet pegen striz emgleo a oa etrez-hoc’h evit difenn hor iez kaer ». Oui vraiment, la langue de Corentin est si belle, si harmonieuse que les organes des ânes, des chevaux et des pourceaux seraient seuls capable de la parler ; J’ai entendu presque toutes les langues du monde et les différents jargons, patois et argots, mais jamais je n’ai entendu parler nulle part, une langue, un patois ou charabia aussi grossier aussi dur et aussi désagréable à l’oreille que le breton de cet étonnant breton.Le plus qui s’approche de lui est l’arabe.
J’ai connu une langue ici, langue écrite par les Jésuites bien entendu, parmi lesquels il y a de nombreux érudits, dont l’érudition sert surtout à exploiter les ignorants et les gobeurs. Oui, ces Jésuites avaient composés ici une belle langue composée bien entendu comme les langues modernes du grec et du latin mais dont ils bretonnisent les mots tant bien que mal, comme on a fait dans toutes les autres langues tirées du grec et du latin. Chaque peuple a traduit ces mots grecs et latins dans l’accent qu’il parlait son idiome primitif.Mais nos pères jésuites qui traduisaient en breton les oueuvres des pères de l’église, du latin ou du français, furent obligés de conserver plein de mots dans ces langues, leur orthographe ne pouvant les bretonniser sans les défigurer et les rendre inintelligibles autant pour le lecteur ne sachant que le breton que pour le lecteur sachant le français et le breton.Aussi laissent ils aux grands mots français leur orthographe et leur prononciation et ce fut par là qu’ils embellirent la langue bretonne et tendirent à la mettre à hauteur du progrès moderne.Dans leurs oeuvres, sur cinq mots on trouve trois qui sont du grec, du latin, ou du français plus ou moins bretonnisés, mais toujours de la façon la plus harmonieuse possible, en leur donnant les terminaisons les plus douces et les plus agréables de la langue bretonne tel que , i, er, ou, e, ien, en, ion, et,el,an,ir,a,uz,eur,eo,eiz,ia,ic,ec,al, ad etc.
 
Je comprends que certains celtisants qui ont connu cette langue bretonne puissent regretter la mort du breton. Mais aucun dam ?, quelque fervant soit il, ne peut regretter le charabia sauvage de Corentin et de quelques confrères similis.
 
Ceux ci au lieu de faire avancer cette langue l’ont fait reculer deux cents siècles en arrière, car je suppose que les premiers celtes avaient une langue dans laquelle ils se comprenaient tous, tandis qu’aujourd’hui c’est la tour de babel, les bretons grâce aux différents jargons barbares de leurs écrivains ne se comprennent plus.
Le breton est mort, tué par ses propres défenseurs.
 
Histoire de ma vie pp. 2381-2383.
 
Les prêtres et la langue bretonne

je me mis aujourd’hui à écrire un petit traité sur l’art d’élever les abeilles.et celà aussi parce que cette fameuse société dite régionaliste de la Bretagne a demandé pour son concours annuel avec beaucoup d’autres écrits bretons, un écrit donnant les meilleurs moyens d’élever les abeilles. Je vais leur en donner un quoique celà soit bien difficile. Ecrire un traité scientifique et artistique dans une vieille langue barbare comme le breton, c’est presque impossible puisque les choses principales vous manquent : les mots.

...Notre vieille langue bretonne, une des plus vieilles peut être, est cependant encore au berceau et dans lequel elle mourra sans doute. Ces régionalistes et les prêtres leurs confrères crient fort aujourd’hui parce que le gouvernement a interdit les sermons et le catéchisme en breton, ces gens dont les trois quarts ne savent pas un mot de breton. Ah si cette interdiction eut été prononcé par le pape, comme ils l’auraient applaudi., les prêtres surtout qui sont bien ambistrouillés de sermonner en breton, d’autant plus que quand ils changent de canton, ils sont obligés de changer de langage, s’ils peuvent, ce qui n’est pas toujours facile. Aussi partout ils se font moqués par les paysans qui ne comprennent rien à leur patois moitié français retourné, quart de latin de cuisine et l’autre quart en breton inintelligible.Oh oui, au fond ces prêtres voudraient bien qu’on interdise complètement ce jargon celtique composé de trente six charabias tous plus ou moins inintelligibles même pour les plus savants celtisants.

Ce qui est plus drole encore, c’est que l’évêque de Quimper et de Léon qui ne sait pas un mot de tous ces vieux idiomes barbares se met en quatre pour les défendre. Oh je sais bien que ce n’est pas uniquement pour défendre une vieille langue qu’il ne connait pas que ce vieux crossé et mitré se démène ainsi. C’est parce qu’il sait bien que tant que les bretons conserveront leurs divers charabias, ils ne pourront guère avancer dans la lumière que ces charlatans nous veulent toujours cacher au populo ; car ils savent bien que si celui-ci venait à la découvrir ce serait pour eux la fin des fins. Finis Te Deum et omni prebendes.

Enfin quoiqu’il en soit je me suis mis à écrire, en breton, ce petit traité d’apiculture.

Histoire de ma vie pp. 2240-41.

 

L'écriture du breton

...J’ai expédié aujourd’hui même 6 juin 1903, ce petit traité d’apiculture à Saint Brieuc, à un personnage nommé Vallée auquel on a dit d’adresser tous les travaux faits en breton de Léon, de Treguer et de Cornouaille. Il parait que ce monsieur est un celtisant émérite. Il faut qu’il le soit s’il arrive à se débrouiller dans tous ces jargons écrits.Je les comprends aussi ces trois idiomes quant ils sont parlés mais en écrit, je suis obligé de me torturer l’intellect pour deviner ce que les auteurs ont voulu écrire, car d’abord les mots bretons qu’ils écrivent sont orthographiés d’une telle façon qu’il est impossible de les prononcer en vrai breton, et ensuite ils usent une foule de mots qui ressemblent plutôt au chinois et à l’arabe qu’au breton et dont nous autres bretons bretonnants n’en avons jamais entendu parler.
 
Mais ces écrivains qui se disent celtisants, prennent peut être ces mots barbares dans les différents idiomes celtiques qui sont très nombreux puisqu’ils considèrent comme peuples celtiques, non seulement les bretons mais aussi les Basques, les Irlandais et Ecossais dont les dialectes cependant diffèrent autant entre eux que le russe et le français.

Histoire de ma vie pp. 2451-52